24 mars 2008

Charles

Il est un Intellectuel, une grosse tête, comme on dit. Physicien de renom, il a, paraît-il, frôlé le prix Nobel. Il vit aujourd'hui avec sa femme une retraite paisible dont il s'extrait à l'occasion pour des interventions dans des colloques sérieux. Ses plaisirs sont sommaires : une bibliothèque immense, sa terrasse au soleil, quelques virées "musée".

Charles me connait depuis que je suis toute gamine. Déjà à cette époque, il m'effrayait. Et même quand on jouait à l'Ogre pour de rire il me faisait un peu peur pour de vrai. A table je n'osais rien refuser, moi pourtant si difficile, tant il m'impressionnait.

Adolescente, il m'a suivie de loin. Sans rien dire - on aurait pu prendre ça pour du désintérêt - mais m'observant toujours silencieusement.

Quand son meilleur ami est mort, je lui ai offert un bouquet de violettes. Ses fleurs préférées. A y repenser, c'est sans doute ce qui l'a le plus touché.

Il est sorti de sa réserve quand j'avais dix-huit ans, pour m'encourager. Il disait que je pouvais faire mieux, il voulait faire de moi Quelqu'un. Il m'a fortement poussée à passer des concours, il avait dit qu'il m'aiderait, et l'a effectivement fait.

Il a toujours vu haut, eu de l'ambition pour moi, sans mépriser mes doutes. Il a su me donner confiance. Il m'encourage à écrire - mais sait-il seulement comment j'écris ? Comme je l'admire terriblement, souvent je crains qu'un jour il ne réalise qu'en fin de compte je fais surtout très bien semblant.
Que je ne suis qu'un vulgaire imposteur...

Lui est brillantissime. Simplement.

Tout à l'heure j'irai lui présenter pour la première fois l'amour de ma vie. Venez à deux, m'a-t-il dit, je serai heureux de Le rencontrer. Alors bien sûr j'ai un peu la trouille parce que je sais que ses attentes sont à la hauteur de celles qu'il nourrit pour ses propres filles alors que somme toute, mon père à moi s'en fiche un peu de tout ça. Je sais aussi que tout se passera bien. Parce que mon homme, je l'aime et je l'admire également.

Tout à l'heure nous irons manger chez Charles et je mangerai de tout. Avant de passer à table, quand il m'invitera à m'asseoir dans le fauteuil des invités où je m'assois toujours, je penserai tout bas sans lui dire que décidément, je l'aime terriblement. Du vouvoiement respectueux dont je l'affuble depuis plus de vingt ans, je le remercierai encore, et cette fois, à mon tour, silencieusement.

Posté par __El__ à 09:00 - Commentaires [7] - Permalien [#]


Commentaires sur Charles

    Absolument sublime , merveilleuse écriture ... au risque de me répéter ... merci pour ce blog

    Posté par malou, 24 mars 2008 à 14:12 | | Répondre
  • Ping-pong

    Malou> là je vais VRAIMENT rougir. Merci )

    Posté par __El__, 24 mars 2008 à 14:32 | | Répondre
  • Terriblissime =)
    Tu racontes une histoire simple, mais avec LES mots qui touchent, tout passe par les sentiments. Joli cocktail donc ^^

    Il faut croire que ton Ami Charles n'avait pas tord de croire en toi, aucune chance de le decevoir, mais toutes les chances de faire encore mieux à l'avenir =)

    (Je post uniquement sur cette histoire, mais je n'en pense pas moins de tes autres écrits (mais pas toutes lues j'avoue, un peu mal aux n'oeils ce soir))

    Posté par Framboize, 25 mars 2008 à 20:34 | | Répondre
  • Désolé pour le double post, j'ai pas compris

    Posté par Framboize, 25 mars 2008 à 20:57 | | Répondre
  • Ping-pong

    Framboize> quelle avalanche de compliments ! merci beaucoup, et j'efface de ce pas le double post

    Posté par __El__, 26 mars 2008 à 22:49 | | Répondre
  • De très beaux textes, beaucoup d'émotion. On a l'impression de se retrouver devant une peinture ou une photo.

    Posté par Gorgonzolla, 27 mars 2008 à 03:23 | | Répondre
  • Ping-pong

    Gorgonzolla> venant de toi, ça me touche tout particulièrement

    Posté par __El__, 27 mars 2008 à 19:01 | | Répondre
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